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Grands repères historiques

Les grands repères historiques du Pays de Barr et du Bernstein


L'Alsace est une région riche de multiples courants historiques et culturels. Les Serments de Strasbourg consacrent le partage de l'empire de Charlemagne et attribuent l'Alsace à Louis le Germanique. C'est sous le règne de Louis XIV que l'Alsace est réunie au Royaume de France en 1648. Puis vinrent les chocs politiques issus du passage de l'Empire à la République et liés également aux quatre changements de nationalités entre 1870 et 1945. En 1949, Strasbourg la capitale alsacienne devient le symbole de la réconciliation et abritera les premières institutions européennes.

Il s'agit ici de rappeler les grandes périodes et événements qui ont marqué l'histoire alsacienne et l'architecture du canton de Barr sachant que quatre communes du Pays de Barr et du Bernstein sont situées sur le canton d'Obernai.

 

a. De la préhistoire au Moyen-Age

L'occupation du site par des hommes préhistoriques aux âges du fer et du bronze est attestée par les vestiges subsistant sur le territoire et tout particulièrement à Barr et à Epfig.
Le mur païen semble confirmer la présence romaine. Cette enceinte protohistorique au Mont Ste Odile et antérieure selon les recherches récentes, à quelques siècles avant Jésus Christ, aurait été utilisée aux époques celtique et gallo-romaine pour servir de refuge. La partie Sud de ce mur est visible dans le Nord de Barr. A côté des traces d'habitat romain dans le lieu dit Burggass, le site gallo-romain le plus important est celui de Bourgheim où l'on a pu localiser un poste romain fortifié. D'autre part, à Ittenwiller subsistent des vestiges d'un atelier de potiers qui fut en activité de 105 à 130.
On suppose en outre qu'il existait une voie romaine entre Barr et le Mont Sainte-Odile qui passait par les emplacements romains de Hel et Bourgheim puis traversait la plaine pour rejoindre le Mont Sainte-Odile.

 

b. Le Moyen Age : du Vème siècle jusqu'au XVème siècle

Après une période de stabilité, le peuplement fondé au Haut Moyen Age subit une sélection : la moitié des agglomérations disparaît avant 1200. Les localités qui restent possèdent une église et attirent les hameaux voisins. C'est par exemple le cas de Barr qui devient dès le IXème siècle un baillage regroupant cinq villages d'Empire : Barr, Bourgheim, Gertwiller, Goxwiller et Heiligenstein.

Au Moyen Age et pendant l'Ancien Régime, le territoire était partagé entre plusieurs seigneurs. L ‘évêque de Strasbourg qui représentait la puissance territoriale la plus importante de la Basse-Alsace détenait toute la moitié sud-est avec Dambach, Epfig, Saint-Pierre et Eichhoffen. Il était également co-seigneur des quatre localités limitrophes.
A Epfig, l'évêque fit fortifier sa cour domaniale, y fonda une église privée et construisit un palais plus tard transformé en château fort. La puissance épiscopale fut renforcée par l'occupation du château de Bernstein dont l'évêché se rendit maître au XIIIème siècle. Jusqu'en 1580, le château fut le siège administratif du bailliage épiscopal.

Au Nord du baillage se tenait la seigneurie de Barr qui englobait le chef-lieu de Barr ainsi que Gertwiller et Heiligenstein. Cette seigneurie fut à l'origine du territoire libre impérial composé de villages d'Empire. Elle fut engagée, pour la dernière fois, par Maximilien Ier à son chambellan Nicolas Ziegler à titre de fief de la maison d'Autriche et d'arrière-fief à l'Empire. En 1522, Charles Quint la concéda à titre de propriété allodiale à Ziegler devenu vice-chancelier. Ses deux fils, passés à la Réforme, vendirent la propriété à la ville de Strasbourg qui en resta définitivement seigneur. La ville de Strasbourg, qui était également co-seigneur de Nothalten-Zell et de Blienschwiller, y inclut une partie de Mittelbergheim et du Hohwald.

Les Andlau, ministériaux de l'Empire étaient seigneurs de Bernardvillé, Reichsfeld et co-seigneurs de Mittelbergheim, Blienschwiller, Nothalten et Itterswiller. A Andlau, l'abbaye conservait la suzeraineté sur la ville mais y fut progressivement supplantée par les Andlau qui étaient ses avoués.

La famille d'Andlau, les Ziegler, la ville de Strasbourg et les Berckheim (co-seigneur de Mittelbergheim) introduisirent la Réforme sur leurs terres. Ainsi les habitants de Barr, Heiligenstein, Mittelbergheim et Gertwiller devinrent protestants ainsi que les fermiers du Hohwald.

Beaucoup de grandes abbayes alsaciennes avaient des propriétés sur le territoire et des fondations se succédèrent entre le IXème et le XIIIème siècles :

- L'abbaye de Sainte-Richarde, épouse de Richard III Le Gros, à Andlau fondée vers 880.
- Un prieuré de Prémontrés à Dambach.
- Un couvent de franciscains dans le val Saint-Ulrich de Barr.

Seule l'abbaye d'Andlau, fondée par l'impératrice Richarde pour les jeunes filles nobles, richement dotée par le couple impérial, survécut jusqu'à la Révolution.

Le patrimoine roman est bien représenté sur ce territoire par des édifices ou des parties d'édifices religieux des XIème et XIIème siècles notamment par la chapelle Sainte Marguerite à Epfig. A Andlau, l'abbatiale présente une crypte et des vestiges du XIème ainsi qu'un porche du XIIème siècle, œuvre maîtresse de la sculpture romane alsacienne.

La société féodale a mis en place un important réseau de fortifications avec 13 châteaux forts, cinq cimetières fortifiés et quatre localités entourées de murailles et de fossés. Des châteaux forts de la plaine (châtelet d'Andlau, château de Grunstein à Stotzheim, de Blienschwiller, de Hell à Heiligenstein, de Boemstein à Nothalten...) ne subsistent que peu de vestiges. Par contre, les fortifications en granit des XIIème, XIIIème et XIVème siècles témoignent de l'évolution des châteaux et du passage d'une défense principalement défensive à un type de défense plus active et doté de logis plus confortables.

Pendant les périodes de troubles et de misère des XIVème et XVème siècles, de nombreux villages et hameaux disparurent et les habitants trouvèrent refuge à Dambach ; celle-ci fut alors élevée au rang de ville par son seigneur. Elle représente l'image de la petite cité médiévale avec son enceinte et ses trois portes à tours.

Durant cette époque troublée, aucun édifice majeur ne fut construit mais les églises furent parfois agrandies ou voûtées, des baies percées et des clochers rehaussés. De l'architecture civile antérieure au XVIème siècle ne subsistent que des vestiges remaniés tels les pignons crénelés de la demeure des Andlau à Mittelbergheim ou encore des maisons à Dambach.

 

c. La Renaissance alsacienne

Après l'époque médiévale s'amorça dans toute l'Alsace le renouveau des arts. Au XVIème siècle, dans les vignobles, les maisons furent reconstruites avec des portes monumentales, des fenêtres à meneaux ornées d'écus, de volutes et de moulures. Les tourelles d'escaliers à limon hélicoïdal firent leur apparition aussi bien dans les maisons vigneronnes que dans les maisons nobles qui se distinguèrent par leur pignons à volutes et leurs baies larges agrémentées de colonnettes galbées Renaissance. Ainsi durant le XVIème siècle, le style gothique tardif côtoie le style de la Renaissance.

Le XVIIème siècle fut pour l'Alsace le temps de la rupture avec l'Empire Germanique et celui des guerres qui causèrent des catastrophes démographique, économique et culturelle. Toutefois, il semble que le temps des constructions se poursuivit et dans la première moitié du siècle, les nouveaux bâtiments restèrent dans l'esprit de l'art alsacien du XVIème siècle (Hôtel de ville de Mittelbergheim, château de Barr ou la maison du receveur de l'abbaye à Andlau).


A partir du dernier quart du siècle, avec le rattachement à la France et le retour à la paix, l'Alsace devint le carrefour où divers courants de l'art occidental coexistèrent et se manifestèrent jusque dans les campagnes. On fit appel aussi bien à des artistes français que allemands comme par exemple pour la sculpture du retable de la chapelle Saint-Sébastien Dambach par les frères Winterhalder.

Le XVIIIème siècle, grâce à l'essor démographique et à la renaissance économique, fut un siècle où se conjuguèrent les cultures rhénane et française. De nombreux édifices furent construits et le mobilier d'église renouvelé.

Dans quelques belles maisons de Barr ou d'Andlau l'on peut voir des escaliers à la française en bois avec un départ entièrement sculpté ou en grès avec une grille en fer forgé. L'hôtel de la Folie Marco à Barr date aussi de cette époque. A côté de la peinture, la sculpture religieuse a fourni un bon nombre de statues style baroque, rococo et néoclassique.

 

d. Un XIXème siècle prospère

Le canton, créé après la révolution en 1790, acquit sa forme presque définitive en 1802. Gertwiller s'y rattacha en 1828, Le Hohwald en 1867 et Stotzheim en 1872.

Hormis le rattachement de l'Alsace et de la Lorraine au Reich en 1871, ce qui amena un changement de nationalité, l'activité politique était relativement restreinte : catholiques et protestants cohabitent dans un système où l'économie prend une importance croissante, le système capitaliste domine et l'opposition est faible.

La prospérité économique du XIXème siècle a suscité la création de nombreuses petites usines. De la montagne descendent la Kirneck et l'Andlau dont la force motrice fut utilisée pour le flottage du bois jusque vers 1850 et pour les usines hydrauliques, les moulins à tan ou à grains, les scieries, huileries, taillanderies, filatures et les tanneries. Au milieu du XIXème siècle, Andlau comptait dix-huit moulins moulins à huile sur son finage et Barr, vingt-deux tanneries le long de la Kirneck.

La naissance des chemins de fer vicinaux entraîna la construction de gares et en 1877, le chemin de fer relia Barr à Sélestat. Beaucoup de fermes et de maisons furent reconstruites. Les localités qui, à la différence de Barr, Mittelbergheim et Dambach, n'avaient pas de maison commune, construisirent une mairie.
Le développement de l'enseignement multiplia les écoles de filles et de garçons dans les deux confessions et l'essor démographique provoqua la reconstruction ou la construction de sept églises catholiques et trois églises protestantes. Tous les vitraux du canton, à l'exception de ceux de la chapelle Saint-Sébastien, datent du XIXème siècle. La liberté de culte favorisa également au milieu du siècle la construction de synagogues.

La majorité des édifices publics et religieux érigés par l'architecte de l'arrondissement Antoine Ringeisen dans un style éclectique faisant référence au roman , au gothique ou au classicisme. Les grandes familles et les riches bourgeois s'employèrent à embellir leur demeures par des adjonctions néo-médiévales ou néo-Renaissance : l'ancien prieuré d'Ittenwiller transformé en château ou la villa Dietz sur la route d'Heiligenstein en sont de beaux exemples.

Mais cette période d'intense activité du bâtiment faiblit avec le ralentissement des affaires préfigurant la crise de l'industrie barroise pendant l'Entre deux-guerre.
Entre 1860 et 1939 le tourisme se développa : en effet, la communication avec le Hohwald menant au Champ du feu et au Mont Sainte-Odile attirait de nombreux visiteurs français, allemands et anglais.

 

e. Les deux guerres mondiales

L'assassinat du prince héritier, l'archiduc François-Ferdinand en juin 1914 à Sarajevo provoque une grave tension qui débouche sur la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France en août 1914. L'ordre de mobilisation est lancé dans le Reichland et 220 000 soldats dont 8 000 volontaires sont incorporés à l'armée allemande. Environ 3 000 mobilisables franchissent la frontière, pour éviter de porter l'uniforme allemand. Les Alsaciens connaissent de part et d'autre des vexations et des arrestations : les personnes suspectées d'être profrançaises sont internées ou assignées à résidence et en France, les Alsaciens qui n'ont pas la nationalité française sont rassemblés dans des camps et considérés comme ennemis.
En 1918, c'est la défaite allemande et le retour à la France : le français devient la langue unique à l'école mais cette politique d'assimilation se heurte à une flambée de mécontentements et la montée de l'autonomisme alsacien.

La seconde guerre mondiale commence avec l'invasion de la Pologne par l'Allemagne en septembre 1939 et la France entre en conflit avec l'Allemagne de Hitler. La frontière semble bien protégée par la Ligne Maginot construite à partir de 1927. En Alsace, c'est une suite de fortification qui s'étend de l'Outre-Forêt au Sundgau en logeant le Rhin. Mais en mai 1940, des chars allemands entrent en France près de Sedan puis Colmar, Mulhouse et Strasbourg sont pris en juin. Cette défaite de l'armée française permet à Hitler de prendre possession des deux départements alsaciens et de la Moselle. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin sont incorporés au Pays de Bade et forme une nouvelle entité le Gau Oberrhein (province du Rhin Supérieur) avec comme capitale Strasbourg.

La politique antisémite est introduite, les juifs expulsés vers la zone non occupée ; plus de 5 000 juifs périront dans l'holocauste, les synagogues sont détruites. C'est la politique de « nazification » » qui commence dès l'école et l'ensemble de la population est surveillé par des responsables du parti nazi. Pour réprimer les opposants au national-socialisme, les Allemands installent des camps en Alsace comme celui près de Schirmeck. Après le débarquement de Normandie, des maquis se formeront dans les Vosges notamment dans la région de Barr.

La libération de l'Alsace débute en novembre 1944 et s'achève le 19 mars 1945 par l'offensive franco-américaine. Sortie vainqueur du conflit, la France conserva l'Alsace qui avait été rattachée au territoire national à l'issue de la première guerre mondiale.

Ainsi pour la quatrième fois depuis 1870 à 1945, soit en l'espace de 75 ans, l'Alsace change d'appartenance politique. Le bilan de la guerre est lourd en Alsace : près de 50 000 victimes dans les combats, les disparitions liées aux déportations et surtout les « malgré nous », incorporés de force, qui sont passés comme prisonniers par le camp de Tambov, à 450 km de Moscou.

L'histoire de l'Alsace-Moselle a laissé des blessures et des traces douloureuses parmi la population.

 

f. L'Après-guerre

Les dommages matériels sont considérables : l'agriculture, l'industrie et le commerces sont désorganisés ; les voies de communication inutilisables ; certains villages fortement endommagés ainsi à Barr où la guerre ayant provoqué des dommages importants (église catholique, hôpital, synagogue, le château Renaissance...). Il s'agit essentiellement de chantiers de reconstruction.

Barr joua de moins en moins le rôle de centre économique et administratif. La crise économique entraîna la fermeture progressive des usines (tanneries, fabriques de chaussons...). Ainsi, les petites entreprises familiales qui avaient refusé de fusionner vinrent à manquer de capital et l'introduction de la matière plastique porta un coup fatal à l'industrie barroise qui n'avait pas su s'adapter à la transformation du marché.

Toutefois, le tourisme perdura et le développement des axes de communication et des réseaux de transports facilitèrent les déplacements sur le territoire et les liaisons avec les villes de Strasbourg, Colmar et Sélestat.


Source : Etude patrimoine du pays de Barr et du Bernstein / CdC du Piémont de Bar - Bénédicte Dumeige - 2004.